Pambazuka News, February 2015
Une entrevue avec Jacqueline Moudeina
Avocate au barreau du Tchad, présidente de l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’Homme (Atpdh) et récipiendaire du Right Livelihood Award en 2011, Jacqueline Moudeina lutte depuis une quinzaine d’années pour que l’ancien président Hissène Habré réponde des accusations de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de torture qui pèsent sur lui.
ZAHRA MOLOO : Est-ce que vous pouvez nous rappeler le contexte qui prévalait sous le régime de l’ex-président ?
JACQUELINE MOUDEINA : Hissène Habre, l’ex-président tchadien, a régné au Tchad du 7 Juin 1982 au 1er décembre 1990. Donc il s’agit de huit années de règne. Mais c’était des années de terreur, où chaque Tchadien avait peur de sa propre ombre. Dans un couple, vous aviez le mari qui craint sa femme et vice versa. Les deux avaient peur de leurs propres enfants. Parce que pour peu qu’on sortait une petite phrase, on risquait sa vie. C’était vraiment la terreur et d’ailleurs, quand Hissène Habré est tombé, le 1er décembre 1990, du fait d’un coup d’Etat perpétré par l’actuel président tchadien Idriss Déby Itno, le nouveau gouvernement a ordonné une enquête. Le rapport a été déposé en 1992 et selon ce rapport 40 000 Tchadiens ont été tués et il y a eu des milliers de disparus, de veuves et d’orphelins. L’enquête n’avait pas couvert l’entièreté du pays. C’était des échantillonnages qui ont permis de fixer les 40 000 personnes tuées et les milliers de disparus.
Continue reading “Procès de Hissène Habré : C’est l’Afrique qui juge l’Afrique” →
You must be logged in to post a comment.